Retour de Sarkoland

Retour de Sarkoland dans UMP 361450534_23b0f06483_mDimanche 14 janvier, notre reporter s’est rendue au congrès d’investiture de Nicolas Sarkozy. Récit d’une journée pas tout à fait ordinaire.

Dimanche,10h45, porte de Versailles. Surprise. Je m’attendais à une foule convergeant vers le Parc des expositions.Il n’en est rien.Deux hommes en costume sombre, oreillettes peu discrètes aux oreilles, surveillent le quai du tramway. Je montre mon bracelet que je suis allée préalablement chercher au siège de l’UMP, rue de La Boétie. Les portes ne sont ouvertes que depuis une petite heure, le candidat bientôt officiel n’apparaîtra pas avant 14 heures,mais le hall 1 est déjà plein…

Leçon n° 1 : les militants de l’UMP sont plus que ponctuels… ils sont en avance. Les 520 cars et 8 TGV qui ont été affrétés sont arrivés il y a déjà bien longtemps, et plusieurs dizaines de milliers de « compagnons » sont sagement installés, à attendre « Nicolas ».

Je fais le tour de ce hall immense et froid que la direction du PS se refuse depuis longtemps à utiliser. Pas facile de rendre chaleureux ces mètres carrés de béton. Mais là, ce qui m’étonne,c’est que rien ne semble vraiment fait pour y parvenir. Je cherche le stand merguez, la buvette de Dédé, les moules frites de Simone. Rien… Je sais bien que je ne suis pas à la fête de l’Huma, mais quand même… Les jeunes du mouvement tentent de faire un peu de bruit, mais dans l’ensemble c’est un public de retraités disciplinés qui s’apprête à investir Nicolas Sarkozy. Le contraste entre la dynamique que veut construire le ministre de l’Intérieur autour de sa candidature et le manque cruel d’effervescence de cet évènement est surprenant.

À la tribune, les cadres se relaient. Dès que le nom de Ségolène Royal est prononcé, le public siffle, mécaniquement. Au fil des discours,une lassitude s’installe, il est 13 heures et tout le monde commence à s’impatienter. Nicolas, dépêche-toi !

Je me rattache au « comité de soutien » pour rester éveillée.Le réalisateur (il paraît que c’est celui qui fait aussi la « nouvelle star » sur M6…) offre à la salle des gros plans des premiers rangs mais là non plus, pas de quoi s’enflammer. Steevy, l’ancien lofteur,sourit à la caméra. À ses côtés Orlando,c’est pas pour dire, mais on préférait Dalida, et puis il y a les fidèles, Pascal Sevran, Philippe Bouvard et Didier Barbelivien. No comment.

À 14 heures, enfin, après avoir supporté les derniers discours de « rupture » de MAM et de Raffarin, un compte à rebours commence : 60, 59, 58… La salle se réveille, le taux de participation apparaît sur les écrans géants. Pas celui du score, jugé trop soviétique par les communicants. Cette fois, Nicolas Sarkozy est investi.

Enfin Nicolas parle. Longtemps. Remarque, il faut au moins ça pour récompenser les militants courageux qui ont passé leur nuit dans le train.Mais il ne faut pas en rajouter, pour éviter une hypoglycémie de masse parce que les estomacs se creusent… Le Nicolas Sarkozy que j’ai sous les yeux est tout en maîtrise. Loin des dérapages verbaux des intervenants du matin (« Le vide est Royal », Gérard Longuet ; « La politique n’est pas un défilé de mode », Pierre Lellouche ; « Un jour on dit blanc, l’autre jour on dit rose ou noir en fonction de la couleur du tailleur que l’on porte », Yves Guéna ; « Le blanc n’est pas seulement dans la garde-robe,mais aussi dans le programme », Renaud Dutreil ; « C’est Blanche Neige et les sept percepteurs », Michèle Alliot- Marie…).

J’imagine la semaine qu’il a passé avec ses conseillers qui ont dû lui décortiquer les derniers sondages : – On vous dit trop agité, Monsieur le Ministre…

– Les socialistes écrivent que vous êtes atlantiste et ultralibéral…

– La Royal apparaît rassurante, maternante, quand vous apparaissez trop frontal…

Décalage

Ça a dû l’énerver le Sarko,mais il n’est pas demeuré tout à fait insensible aux arguments. Le voilà maintenant qui inscrit ses modestes pas dans la lignée prestigieuse des grands hommes. Tous sont convoqués pour célébrer leur évident descendant. De Gaulle, mais aussi Camus, Zola, Hugo, Jaurès, Blum… Trop fort, ce Sarko ! Je me dis que s’il a oublié Maurras et Barrès, c’est sans doute parce que le patrimoine intellectuel de la gauche était plus attractif. Une sorte d’hommage du vice à la vertu.

Alors il nous annonce qu’il a changé, Sarko. On se prend à le croire. Il est lyrique. Il peut être émouvant. Il paraît qu’il a été scénariste de téléfilms, maintenant je me dis qu’il aurait aussi bien pu jouer la comédie. L’ultracumulard appelle à la construction d’une « démocratie irréprochable ». L’atlantiste salue le discours de Villepin à l’Onu. L’ultralibéral veut partager l’infortune des ouvriers délocalisés.Vas-y Sarko, tu tiens le bon bout ! et puis patatras, Sarko nous dit ce qu’il veut faire pour servir ses nobles objectifs et là on dessoûle vitesse grand V… Il y a comme un furieux décalage entre les images et le texte. Une bande de jeunes blondinets à chemise blanche arrive sur scène et entame la Marseillaise. Les choristes, version Neuilly-sur-Seine. Cool. C’est Doc Gynéco qui va apprécier.

Dehors, il faisait déjà nuit. Je marche très vite vers le métro. Les bruits de la fête s’estompent derrière moi. Je repense à cette France pleine de promesses qui nous tend les bras, à cette France où manifestement, tout est possible… Une France où l’on est du côté des partenaires sociaux mais contre le droit de grève. Une France où le droit au logement est opposable mais les logements sociaux construits loin de Neuilly…

Et tout à coup, sous les néons durs du métro, j’ai un vertige, l’impression d’avoir participé à une fête imaginaire. Le rassemblement enthousiaste m’apparaît à présent sous les traits moins flatteurs d’une grandmesse narcissique où la foule n’était qu’un vaste miroir que se tendait Nicolas Sarkozy. Je me souviens que le spectacle a coûté plus de 3,5 millions d’euros. Le métro démarre. Les stations passent.C’est la France qui défile sous mes yeux. Celle que construit Sarkozy depuis cinq ans. De celle-là, il ne parle pas. Il a raison. Elle ne me fait pas rêver.

Ariane Vincent

Source http://hebdo.parti-socialiste.fr/2007/01/17/376/

 

 


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